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Le Journal Festival de Cannes : monter les marches

6 minutes

Festival de Cannes : la logistique d'une montée des marches

« Le tapis rouge dure quatre-vingt-dix secondes. Tout ce qui précède est affaire de minutes, de files et de patience organisée. »

I

Douze jours d'état de siège

Chaque mois de mai, Cannes change de nature. La Croisette se ferme par tronçons, les palaces posent leurs barrières, et quatre mille véhicules accrédités se partagent une ville qui n'en absorbe confortablement que la moitié. Entre le Martinez et le Palais des Festivals, huit cents mètres peuvent demander quarante minutes un soir de projection officielle.

Le Festival a ses heures : les montées de dix-neuf heures et de vingt-deux heures, les déjeuners de la plage, les soirées du Cap d'Antibes. Qui connaît ces marées circule ; qui les ignore attend.

II

La dépose au Palais, une horlogerie

La montée des marches obéit à un protocole précis : files d'approche imposées par la Préfecture, créneaux de dépose attribués, véhicules noirs exigés, vitres et carrosserie impeccables — le tapis rouge est la seule avenue du monde où la voiture est photographiée avant son passager.

Le chauffeur y tient un rôle exact : arriver dans la fenêtre attribuée, ni avant ni après, ouvrir la portière au point convenu, disparaître. Puis reprendre la file, patienter le temps de la projection, et reparaître à la seconde de la sortie. Deux heures d'attente pour deux minutes visibles : c'est la proportion du métier.

III

Palaces, villas et presqu'île

Le Festival ne loge pas seulement sur la Croisette. Il habite les villas de la Californie et de Super Cannes, les hôtels du Cap d'Antibes, les yachts du Vieux-Port et de Port Canto. Chaque soir, un même passager peut enchaîner une projection au Palais, un dîner à l'Eden-Roc et une soirée sur la jetée Albert-Édouard — trois mondes, trois régimes de circulation, une seule voiture.

C'est là que la mise à disposition prend son sens : une berline et son chauffeur attachés à un hôte pour la durée du Festival, qui apprennent ses horaires et absorbent ses imprévus.

IV

La manière de la Maison

La Maison Vehira sert le Festival comme elle sert le reste de l'année : berlines noires, chauffeurs en costume sombre, et cette discrétion qui est la vraie élégance des marches. Le VTC de circonstance improvise ; le chauffeur de Grande Remise répète — les itinéraires, les créneaux, les noms des concierges et des chefs de voirie.

Monter les marches est un instant de cinéma. Y arriver sereinement est un travail de coulisses, et les coulisses sont notre adresse.

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