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Le Journal Se déplacer pendant le Grand Prix de Monaco

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Se déplacer pendant le Grand Prix de Monaco

« Quatre jours par an, la Principauté ferme ses rues, et le temps de trajet cesse d'être une donnée : il devient un métier. »

I

Une ville qui se referme

Le Grand Prix de Monaco ne se court pas sur un circuit : il se court dans une ville. Du jeudi des essais au dimanche de la course, le boulevard Albert-Ier, la montée de Sainte-Dévote, le tunnel et le quai des États-Unis appartiennent aux monoplaces. Ce qui reste de la voirie monégasque fonctionne par intermittence, au rythme des ouvertures de piste, et ce qui prend d'ordinaire huit minutes peut en demander cinquante.

Les navigateurs n'y comprennent rien, et c'est normal : les fermetures changent d'heure en heure, selon un calendrier que publie l'Automobile Club mais que seule l'habitude permet de lire correctement. Un chauffeur qui découvre la Principauté un samedi de qualifications y perd son client ; un chauffeur qui la pratique depuis des années sait à quelle minute tel accès du boulevard du Jardin Exotique redevient franchissable.

II

Les trois portes de la Principauté

Les jours de course, Monaco ne s'aborde plus que par trois côtés. La Basse Corniche, depuis Cap-d'Ail, pour qui accepte de marcher quelques centaines de mètres sur la fin. La sortie d'autoroute A8, par la Moyenne Corniche, qui reste la voie la plus fiable pour rejoindre les hauteurs — Monte-Carlo, le Jardin Exotique, Beausoleil. Et le ciel : sept minutes d'hélicoptère depuis l'aéroport Nice Côte d'Azur jusqu'à l'héliport de Fontvieille, la seule porte que la course ne ferme jamais.

Le vrai savoir-faire consiste à choisir la porte en fonction de l'heure, du sens du trajet et de la destination finale — un palace du Carré d'Or ne se sert pas comme un yacht du Port Hercule. C'est un jeu d'échecs dont les règles changent quatre fois par jour.

III

L'art du positionnement

Pour un équipage de Grande Remise, le Grand Prix ne se joue pas pendant la course : il se joue avant. Les véhicules sont positionnés la veille, aux points d'attente convenus — côté Nice pour les arrivées d'avion, côté corniches pour les sorties de Principauté. Des voitures restent en attente, moteur froid, pendant des heures : c'est le prix de la certitude, et la Maison le tient pour non négociable.

En juin dernier, la Maison a conduit pour le compte d'un acteur de l'aviation d'affaires un dispositif de sept vans et trente-huit passagers entre trois points de rassemblement niçois et la Principauté, avec une phase d'attente sur place. Rien de spectaculaire dans l'exécution — et c'est exactement le but : des passagers qui ne se sont aperçus de rien.

IV

Ce que change un chauffeur de Grande Remise

Un VTC ordinaire subit le Grand Prix ; un chauffeur privé de Grande Remise le prépare. La différence tient en trois choses : la connaissance horaire des fermetures, la discipline du pré-positionnement, et la liaison permanente entre les voitures d'un même dispositif. Les berlines noires de la Maison circulent ces jours-là comme le reste de l'année — sans hâte apparente, parce que la hâte a été absorbée en amont.

La Principauté se mérite en toute saison ; les jours de course, elle se prépare. C'est un travail invisible, et c'est précisément pour cela qu'on le confie.